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Etude clinique : Greffes conjonctives enfouies associées ou non aux protéines de la matrice amélaire (Emdogain®)
L’objectif de cette étude clinique est de comparer un groupe test de 13 récessions de classe I et II de Miller traitées par greffe conjonctive enfouie associée aux protéines de la matrice de l’émail Emdogain® , à un groupe contrôle constitué de 21 récessions de même type, traitées par greffe conjonctive seule.
Les amélogénines sont les principaux constituants des protéines de la matrice amélaire.
Elles reproduisent les mécanismes d’histogénèse du développement de la dent, permettent de régénérer les tissus détruits par la maladie parodontale et de restituer une véritable attache fonctionnelle (Heijl,1997 ; Silvestri et al.,2003).
Elles sont prélevées sur les germes dentaires de porcelets de moins de 6 mois, puis lyophilisées et commercialisées sous la forme d’un gel appelé Emdogain® (Straumann®, Suisse).
Ces dérivés amélaires ont été initialement utilisés dans le traitement des défauts infra-osseux,
amenant des résultats fiables en terme de réduction de la profondeur de poche, de gain osseux, de gain d’attache clinique et de faible hauteur de récession résiduelle (Glise et al.,2004 ; Francetti et al.,2005).
Si leur champ d’application s'est également étendu à la chirurgie plastique parodontale, peu d’études cliniques ont été menées afin d’évaluer leur efficacité lors de leur association à une greffe conjonctive enfouie.
Berlucchi et al. (2002) comparent 13 récessions traitées par lambeau positionné coronairement et Emdogain® (contrôle), à 13 récessions traitées par greffe conjonctive enfouie et Emdogain® (test).
A 6 mois, aucune différence significative n’est observée en terme de recouvrement radiculaire : 93,59 % obtenu dans le groupe test contre 93,97 % dans le groupe contrôle.
Emdogain® pourrait favoriser l’adhésion rapide du greffon conjonctif à la surface radiculaire, en empêchant l’insertion entre eux, de cellules épithéliales. Dans ce cas, aucun épithélium de jonction long n’est rencontré (Carnio et al., 2002), sachant que celui-ci est fréquemment observé dans les recouvrements radiculaires par greffe de conjonctif seule.
L’objectif de notre étude est de comparer un groupe test de 13 récessions de classe I et II de Miller traitées par greffe conjonctive enfouie associée au gel d’Emdogain®, à un groupe contrôle de 21 récessions de même type, traitées par greffe conjonctive seule (Vincent et al., 2008).
Matériels et méthodes
34 récessions de 1,5 à 5 mm de hauteur ont ainsi été sélectionnées (classes I et II de Miller) : par randomisation grâce à un tirage au sort, 13 récessions sont traitées par greffe conjonctive enfouie associée à Emdogain® (groupe test) et 21 récessions sont traitées par greffe conjonctive seule (groupe contrôle). Les patients sont tous en bon état de santé et non fumeurs (ou fument moins de 10 cigarettes par jour).
La technique chirurgicale employée est une greffe de conjonctif enfouie en enveloppe, qui évite ainsi toute incision de décharge.
Résultats
Dans chacun des groupes et sur chaque dent avant la chirurgie, les hauteurs des récessions initiales (H1) sont mesurées à la sonde parodontale à partir de la jonction amélo-cémentaire jusqu’à l’extension la plus apicale de la gencive marginale. Elles seront comparées aux hauteurs des récessions résiduelles en fin de traitement (H2), enregistrées selon les mêmes critères, à 12 mois postopératoires
La hauteur moyenne des récessions initiales est de 3,54 mm (test) et de 3,27 mm (contrôle), celle des récessions résiduelles et de 0,27 mm (test) et de 0,31 mm (contrôle).
Aucune différence statistiquement significative n’est retrouvée entre les valeurs de récessions initiales.
A 12 mois, le pourcentage de recouvrement radiculaire moyen est de 93,96 % dans le groupe test, contre 91,22 % dans le groupe contrôle.
Le test de Mann-Whitney, ne montre aucune différence statistiquement significative en terme de recouvrement, entre ces deux groupes (p = 0,506).
Conclusion
D’après les résultats de notre étude, dans le cadre du traitement de récessions gingivales de classes I et II de Miller, l’adjonction d’Emdogain® à une greffe conjonctive n’entraînerait pas d’amélioration significative en terme de recouvrement radiculaire (p= 0,506).
Néanmoins, certaines preuves histologiques suggèrent que l’indication principale de l’utilisation d’Emdogain® dans les techniques muco-gingivales, est de modifier la nature de l’attache clinique des sites traités. En effet, l’adjonction d’Emdogain® aux greffes conjonctives entraînerait une régénération sur les surfaces dénudées : formation d’un néo-cément, d’un nouveau ligament avec des fibres en voie de réorganisation et d’îlots de condensation osseuse (Mc Guire et al., 2003).
Références bibliographiques
1- Berlucchi I, Francetti L, Del Fabbro M, Testori T, Weinstein RL. Enamel matrix proteins (Emdogain) in combination with coronally advanced flap or subepithelial connective tissue graft in the treatment of shallow gingival recessions. Int J Periodont Rest Dent 2002; 22(6): 583-593.
2- Carnio J, Camargo PM, Kenney EB, Schenk RK. Histological evaluation of 4 cases of root coverage following a connective tissue graft combined with an enamel matrix derivative preparation.
J Periodontol 2002; 73(12): 1534-43.
3- Francetti L, Trombelli L, Lombardo G, Guida L, Cafiero C. Evaluation of efficacy of enamel matrix derivative in the treatment of intrabony defects: a 24-month multicenter study.
Int J Periodontics Restorative Dent 2005; 25(5): 461-73.
4- Glise JM, Blanc A, Monnet-Corti V, Borghetti A. Résultats à 3 ans du traitement de lésions infra-osseuses à l'aide de protéines dérivées de la matrice amélaire.
J Parodontol Implantol Orale 2004; 23(3): 189-196.
5- Heijl L. Periodontal regeneration with enamel matrix derivative in one human experimental defect. A case report. J Clin Periodontol 1997; 24(9 Pt 2): 693-6.
6- Mc Guire MK, Cochran DL. Evaluation of human recession defects treated with coronally advanced flaps and either enamel matrix derivative or connective tissue. Part 2 : Histological evaluation.
J Periodontol 2003; 74(8) : 1126-35.
7- Silvestri M, Sartori S, Rasperini G, Ricci G, Rota C, Cattaneo V. Comparison of infrabony defects treated with enamel matrix derivative versus guided tissue regeneration with a nonresorbable membrane. J Clin Periodontol 2003; 30(5): 386-93.
8- Vincent S., Durand B., Duffort S. Greffes conjonctives enfouies associées ou non aux protéines de la matrice amélaire (Emdogain®) : étude préliminaire. J Parodontol Implantol Orale 2008; 27(3) : 181-189.
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